Concert

25e Festival de Pâques de Deauville 2021

du 17 avril au 8 mai

En 1997, quatre jeunes solistes – Renaud Capuçon, Jérôme Pernoo, Nicholas Angelich et Jérôme Ducros -  fondaient le festival de Pâques de Deauville avec Yves Petit de Voize et le parrainage spontané de Maria João Pires, d’Augustin Dumay et d’Emmanuel Krivine. Dans l’écrin idéal de la salle Elie de Brignac (célèbre pour ses ventes de pur-sang) ils invitèrent à les rejoindre tout ce que la France comptait de jeunes musiciens de chambre doués et ambitieux. Du trio à l’orchestre et de la musique baroque à celle de notre époque, une centaine de jeunes instrumentistes et d’ensembles se retrouvent toujours chaque printemps à Deauville dans le même esprit d’amitié et de partage qui prévalait il y a vingt ans. Des carrières s’y sont révélées, des vocations affirmées et des ensembles s’y sont formés comme Le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer.  « Incubateur de talents, lieu unique de rencontres et d’expérimentations » (La Tribune), le festival de Pâques de Deauville réunit toujours « tout ce qui naît ou s’affirme, avec une conception large du répertoire » (Le Monde).


 


 


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dimanche 25 avril 2021

MIECZYSŁAW WEINBERG

Quintette pour piano et cordes opus 18


Le talent et les œuvres de Mieczysław Weinberg commencent seulement à sortir de l’oubli. Écarté du conservatoire de Varsovie en 1939 en raison de sa judéité, ce compositeur polonais a trouvé refuge à Minsk avant de devoir fuir à nouveau, chassé par la guerre. C’est à Moscou qu’il parvient finalement à se fixer en 1943 ; il y restera jusqu’à son décès en 1996, échappant de peu aux exécutions sommaires du régime soviétique. Méprisé par les autorités, il ne devra sa survie artistique qu’au soutien fidèle de compositeurs et d’interprètes qui continueront à lui commander des ouvrages.

Écrit en 1944, le Quintette pour piano et cordes opus 18 est créé l’année suivante par Emil Gilels et le Quatuor du Bolchoï. L’écriture de Weinberg n’est pas sans rappeler le style de son aîné – et ami – Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : on trouve dans les ouvrages de ces deux artistes une même sécheresse des formules, un même sens rigoureux des formes classiques, un même goût prononcé pour les thèmes dansants, volontiers grotesques.

Le premier mouvement oppose un chant insouciant et fluide à une marche sévère. Le tissu chambriste se complexifie et se resserre jusqu’à épuisement : après le retour des thèmes initiaux, le mouvement s’éteint sur les échos de la marche. Les deux mouvements suivants font office d’intermèdes : plus doux et balancé, parfois malicieux dans ses guirlandes vives et ses pizzicati, l’Allegretto comporte cependant des épisodes tendus, avec des unissons durs ou d’inquiétants effets de timbre. Entamé dans la brume des cordes en sourdine, le mystérieux Presto se transforme quant à lui en un grotesque ballet populaire, entrant dans une valse de plus en plus folle jusqu’à la chute finale.

Les deux derniers mouvements sont les plus puissants. Le Largo s’ouvre sur un unisson austère ; après une transition, le piano se retrouve seul sur un motif dépouillé en notes répétées, aux allures de chant d’oiseau. L’écriture gagne en épaisseur et en lyrisme avec l’entrée du violoncelle qui reprend le thème initial. Tous les éléments précédemment entendus font ensuite une deuxième apparition et c’est sur la pointe des pieds que les instruments referment cette page hautement dramatique. L’Allegro agitato suit un itinéraire comparable, depuis le fortissimo véhément des premières notes jusqu’à la conclusion pianissimo. Ce finale dégage une impressionnante force motorique qui cède soudainement la place à un thème typiquement folk, qu’on croirait sorti d’un pub irlandais ! Weinberg domestique cette danse en la développant rigoureusement à la façon d’un sujet de fugue. Motif motorique et danse folk reviennent tour à tour jusqu’à ce que l’ensemble se disperse sans plus de cérémonie.


PIOTR ILITCH TCHAÏKOVSKI

Souvenir de Florence pour deux violons, deux altos, deux violoncelles opus 70


« Quel sextuor ! Et quelle fugue à la fin ! C’est un plaisir. C’est effrayant à quel point je suis content de moi ! » En ce mois d’août 1890, Tchaïkovski vient en effet d’apporter une fort belle pierre à l’histoire de la musique de chambre. Si « souvenir » il y a, comme le suggère le titre, il ne s’agit pas tant d’une évocation stricte « de Florence » que d’une façon de revivre librement, en musique, le bonheur vécu dans la capitale toscane. Quelques mois plus tôt, Tchaïkovski y a en effet composé son opéra La Dame de Pique dans des conditions idéales.

Le compositeur rejoint Johannes Brahms (1833-1897) au Panthéon des auteurs de sextuors à cordes. Écrire pour cette formation n’a rien d’évident et Tchaïkovski s’en est bien rendu compte, confiant à son frère qu’il était « embarrassé, non par un quelconque manque d’idées, mais par la nouveauté de la forme… Six voix indépendantes mais semblables, qui ne peuvent être interprétées qu’en sextuor. C’est incroyablement difficile ! ». Le compositeur franchit cependant les obstacles et trouve ce juste équilibre entre une puissance quasi orchestrale et un contrepoint chambriste parfois vertigineux – admirez quand les six voix égales se passent le flambeau en un clin d’œil, au cœur du premier mouvement !

Cet Allegro con spirito solidement charpenté repose sur l ’opposition traditionnelle entre deux forces de caractères différents – au thème autoritaire et héroïque lancé dès le début répondra une élégante mélodie accompagnée. Le second mouvement est plus volontiers italianisant : cet Adagio cantabile est une véritable sérénade entonnée sous un balcon toscan. Au cœur de cette page digne d’un opéra survient un bref intermède fantastique, comme une parenthèse fugace dans le songe d’une nuit d’été…

L’Allegro moderato qui fait office de troisième mouvement s’ouvre avec une étonnante allure bonhomme, davantage à la façon d’un chant populaire slave que du scherzo pétillant attendu. Celui-ci survient dans un second temps, avec un coup d’archet sautillant qui évoque une ronde de lutins malicieux. Voilà que le compositeur de Casse-Noisette dévoile son goût pour le ballet ! Après la fraîcheur spontanée qui caractérise les trois premiers mouvements, le finale explosif poursuit dans la même veine mais avec de nouvelles ambitions étonnantes : Tchaïkovski se lance dans une fugue complexe à quelques encablures de la dernière double barre, comme pour prouver une ultime fois l’étendue de sa virtuosité.

Programme

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996) , Quintette pour piano et cordes, op. 18

25e Festival de Pâques de Deauville 2021 - du 17 avril au 8 mai Camille Fonteneau Violon , David Petrlik Violon , Manuel Vioque-Judde Alto , Max Bumjun Kim Violoncelle , Jonas Vitaud piano ,

En 1997, quatre jeunes solistes – Renaud Capuçon, Jérôme Pernoo, Nicholas Angelich et Jérôme Ducros -  fondaient le festival de Pâques de Deauville avec Yves Petit de Voize et le parrainage spontané de Maria João Pires, d’Augustin Dumay et d’Emmanuel Krivine. Dans l’écrin idéal de la salle Elie de Brignac (célèbre pour ses ventes de pur-sang) ils invitèrent à les rejoindre tout ce que la France comptait de jeunes musiciens de chambre doués et ambitieux. Du trio à l’orchestre et de la musique baroque à celle de notre époque, une centaine de jeunes instrumentistes et d’ensembles se retrouvent toujours chaque printemps à Deauville dans le même esprit d’amitié et de partage qui prévalait il y a vingt ans. Des carrières s’y sont révélées, des vocations affirmées et des ensembles s’y sont formés comme Le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer.  « Incubateur de talents, lieu unique de rencontres et d’expérimentations » (La Tribune), le festival de Pâques de Deauville réunit toujours « tout ce qui naît ou s’affirme, avec une conception large du répertoire » (Le Monde).


 


 


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