Concert

25e Festival de Pâques de Deauville 2021

du 17 avril au 8 mai

En 1997, quatre jeunes solistes – Renaud Capuçon, Jérôme Pernoo, Nicholas Angelich et Jérôme Ducros -  fondaient le festival de Pâques de Deauville avec Yves Petit de Voize et le parrainage spontané de Maria João Pires, d’Augustin Dumay et d’Emmanuel Krivine. Dans l’écrin idéal de la salle Elie de Brignac (célèbre pour ses ventes de pur-sang) ils invitèrent à les rejoindre tout ce que la France comptait de jeunes musiciens de chambre doués et ambitieux. Du trio à l’orchestre et de la musique baroque à celle de notre époque, une centaine de jeunes instrumentistes et d’ensembles se retrouvent toujours chaque printemps à Deauville dans le même esprit d’amitié et de partage qui prévalait il y a vingt ans. Des carrières s’y sont révélées, des vocations affirmées et des ensembles s’y sont formés comme Le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer.  « Incubateur de talents, lieu unique de rencontres et d’expérimentations » (La Tribune), le festival de Pâques de Deauville réunit toujours « tout ce qui naît ou s’affirme, avec une conception large du répertoire » (Le Monde).


 


 


Partager Facebook Twitter

samedi 17 avril 2021

FRANZ SCHUBERT (1797-1828)

Trio pour violon, violoncelle et piano n° 1 opus 99


Mars 1827. Ludwig van Beethoven vient de mourir et c’est tout Vienne qui est en deuil. Affecté par ce décès, un compositeur fraîchement trentenaire émerge au même moment sur la scène viennoise : Franz Schubert commence à se faire connaître au-delà des salons, hors du cercle des schubertiades et du répertoire des lieder dans lequel il s’est déjà forgé une belle renommée. Au printemps 1828, un an jour pour jour après le décès de Beethoven, il remporte un vrai succès à l’issue du premier concert public consacré exclusivement à l’exécution de ses partitions. Nul ne se doute que ce sera également le dernier événement de ce type dans la courte vie du compositeur – une épidémie de fièvre typhoïde l’emportera en novembre. 


On ne sait pas de façon certaine lequel des deux trios avec piano de Schubert a été joué lors de ce concert viennois. Ce qui est certain, c’est qu’ils ont été composés à la même période, fin 1827, et qu’ils s’inscrivent dans la lignée de Beethoven : Schubert s’inspire très visiblement du Trio « à l’Archiduc » qui avait révolutionné le genre avec son architecture en quatre mouvements très développés, son écriture quasi orchestrale et son caractère épique. On retrouve ces caractéristiques dans les trios schubertiens et même davantage dans le Trio n° 1 opus 99, qui va jusqu’à reprendre la tonalité de si bémol majeur de « l’Archiduc ». 


Dès les premières notes de l’Allegro moderato, le souffle héroïque de la mélodie et le motif entraînant de l’accompagnement saisissent l’auditeur pour ne plus le lâcher. Avec son art inimitable du clair-obscur, Schubert oppose ensuite à cette exposition puissante et lumineuse une mélopée mélancolique entonnée par les archets. Le compositeur joue du même contraste dans le troisième mouvement, insérant un passage doux et chantant au milieu de ce scherzo-champagne aux notes pétillantes. Mais c’est surtout dans le deuxième mouvement que s’épanouit la vocalité chère à Schubert, le violon et le violoncelle entrelaçant leurs lignes mélodiques à la façon d’un lied sans paroles.

L’œuvre s’achève sur un finale qui renoue avec le caractère épique du mouvement initial. Le discours est lumineux mais l’écriture très ciselée exige des interprètes une vigilance de chaque instant ; on voit bien que Schubert l’a écrit pour les meilleurs chambristes de son temps, parmi lesquels le violoniste Ignaz Schuppanzigh, proche de Beethoven. Quand l’ouvrage sera enfin publié, en 1836, un certain Robert Schumann se montrera conquis : « Il suffit de jeter un coup d’œil sur le trio de Schubert et toute la misère de l’existence s’évanouit comme par enchantement, le monde apparaît de nouveau paré de toute sa radieuse fraîcheur. »


ARNOLD SCHÖNBERG (1874-1951)

La Nuit transfigurée pour sextuor à cordes opus 4


« Deux personnes vont dans le bois nu et froid ; la lune les accompagne, ils la regardent. » Les premières notes de La Nuit transfigurée plantent le décor musical en suivant fidèlement les premiers mots du poème éponyme de Richard Dehmel publié trois ans plus tôt, en 1896. Il en sera ainsi tout au long de l’œuvre d’Arnold Schönberg : les cinq parties qui s’enchaînent sans interruption correspondent aux cinq strophes du texte.

Les strophes impaires, les plus courtes, sont celles du narrateur qui décrit le cheminement nocturne du couple. On y retrouve le même motif descendant, selon le même pas égal, mais son caractère change au fil de l’œuvre : lourde et mystérieuse dans la première strophe où l’on pressent un drame, l’atmosphère devient extrêmement tendue, ponctuée d’accents violents au centre du poème ; la marche deviendra miraculeusement légère et fluide à la fin de l’ouvrage. 

Ces changements de caractère sont dus aux strophes paires qui contiennent le dialogue entre l’homme et la femme. Celle-ci est la première à prendre la parole, pour un terrible aveu : elle attend un enfant qui n’est pas de son mari mais d’un autre homme, qu’elle a rencontré quand elle ne connaissait pas encore celui qui allait devenir son époux. Cette strophe est la plus violente de l’ouvrage et Schönberg use de tous les moyens musicaux pour le figurer : après l’aveu de la femme dans l’intimité tremblante des sourdines, les trémolos furieux se multiplient dans l’accompagnement, des motifs agités et dissonants s’affrontent en tous sens pour incarner le conflit intérieur qui ronge le couple. 

Un long temps de silence précède la réponse de l’homme. Entonnée par le violoncelle dans une tonalité claire, celle-ci apporte une résolution inespérée : « Une chaleur particulière vibre de toi à moi et de moi à toi ; elle va transfigurer le fils de l’étranger, tu enfanteras pour moi, comme s’il venait de moi. » L’obscurité devient chargée de lumière, les tensions glaciales laissent place à une chaleur vibrante. Pizzicati scintillants et autres arpèges figurent ce changement bienheureux qui semble affecter la nature qui entoure le couple, tandis que de nombreux dialogues amoureux fleurissent au sein du sextuor. 

Riche de multiples influences (les Tristan et Isolde wagnériens sont parfois tout proches), l’œuvre est d’autant plus belle qu’elle contient une part autobiographique : pendant l’été 1899, Schönberg passe des vacances à Payerbach avec son maître et ami Alexander von Zemlinsky. Il fait alors la connaissance de la sœur de ce dernier, Mathilde. Quelques semaines plus tard, il commence La Nuit transfigurée. Deux ans après, Mathilde prendra le nom de Schönberg. 


Programme

Arnold Schoenberg (1874-1951) , La Nuit transfigurée pour sextuor à cordes opus 4

25e Festival de Pâques de Deauville 2021 - du 17 avril au 8 mai Pierre Fouchenneret Violon , Shuichi Okada Violon , Adrien La Marca Alto , Paul Zientara Alto , Jérôme Pernoo Violoncelle , Victor Julien-Laferrière Violoncelle ,

Franz Schubert (1797-1828) , Trio pour piano et cordes n° 1 en si bémol majeur, D. 898

25e Festival de Pâques de Deauville 2021 - du 17 avril au 8 mai
Liste des pistes vide .

En 1997, quatre jeunes solistes – Renaud Capuçon, Jérôme Pernoo, Nicholas Angelich et Jérôme Ducros -  fondaient le festival de Pâques de Deauville avec Yves Petit de Voize et le parrainage spontané de Maria João Pires, d’Augustin Dumay et d’Emmanuel Krivine. Dans l’écrin idéal de la salle Elie de Brignac (célèbre pour ses ventes de pur-sang) ils invitèrent à les rejoindre tout ce que la France comptait de jeunes musiciens de chambre doués et ambitieux. Du trio à l’orchestre et de la musique baroque à celle de notre époque, une centaine de jeunes instrumentistes et d’ensembles se retrouvent toujours chaque printemps à Deauville dans le même esprit d’amitié et de partage qui prévalait il y a vingt ans. Des carrières s’y sont révélées, des vocations affirmées et des ensembles s’y sont formés comme Le Cercle de l’Harmonie de Jérémie Rhorer.  « Incubateur de talents, lieu unique de rencontres et d’expérimentations » (La Tribune), le festival de Pâques de Deauville réunit toujours « tout ce qui naît ou s’affirme, avec une conception large du répertoire » (Le Monde).


 


 


Partager Facebook Twitter