Concert

18ème Août musical de Deauville

Du 27 juillet au 10 août 2019

C'est pour lire et jouer plus de musique encore que les musiciens du festival de Pâques décidèrent, en 2002, de créer l'Août musical de Deauville ; et surtout pour y rencontrer leurs cadets les plus prometteurs dans des concerts où alternent solos instrumentaux et œuvres de musique de chambre les plus diverses, de la période classique à la musique de notre temps.

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samedi 03 août 2019

Béla Bartók (1881-1945) 

Quatuor à cordes n°4 Sz.91 

Allegro

Prestissimo, con sordino

Non troppo lento

Allegretto pizzicato

Allegro molto


« Le mouvement lent forme le noyau de l’œuvre, les autres mouvements s’organisent en strates autour de lui. Ainsi le quatrième mouvement est-il une variation libre du deuxième, le premier et le cinquième reposent-ils également sur le même matériau thématique, si bien qu’autour du noyau (troisième mouvement), les mouvements 1 et 5 forment la couche externe, et les 2 et 4 la couche interne. » Telles sont les explications que Béla Bartók lui-même fournit aux lecteurs de la partition de son Quatuor à cordes n° 4, publié en 1929.


Quelle forme originale que cette œuvre symétrique ! Si certains commentateurs l’ont présentée comme un palindrome, le terme n’est pas tout à fait exact. Le mouvement central est un axe qui ne laisse pas insensible celui qui le traverse ; il forme une arche sous laquelle on accède à un autre monde où bruit une nature fantasmée. Ainsi la mélopée rocailleuse du violoncelle qui ouvre et referme le Non troppo lento s’efface finalement derrière le violon aérien, surnaturel, qui s’était fait remarquer au centre du mouvement. Le quatuor s’en trouve changé : après le mouvement perpétuel sinueux et ductile du Prestissimo (II), on bascule dans un Allegretto aux contours mélodiques comparables mais comme aiguisés par l’usage constant des pizzicati (IV). Le finale reprend en revanche bon nombre d’éléments du premier mouvement, comme si la « couche externe » de l’œuvre, plus superficielle, n’avait pas été altérée par la mutation du noyau. Un contrepoint serré recourt à des appuis rustiques accentués à l’extrême, proposant une danse macabre venue du fond des âges. Premier et dernier mouvements connaissent la même conclusion spectaculaire, ce qui donne l’impression d’une boucle vertigineuse.


Franz Liszt (1811-1886)

Années de pèlerinage : Première année, Suisse (1855)

Chapelle de Guillaume Tell : Lento – Più lento – Allegro vivace

Au lac de Wallenstadt : Andante placido

Les Cloches de Genève : Quasi allegretto – Cantabile con moto – Animato – Più lento 


En 1835, Franz Liszt commence un long périple initiatique : le jeune pianiste et compositeur part pour la Suisse avec la comtesse Marie d’Agoult dont il est tombé éperdument amoureux. Contemplant les paysages helvètes en compagnie de sa bien-aimée, se laissant porter par la littérature qui l’inspire, il commence à esquisser la première de ses Années de pèlerinage. Typiquement romantique, ce geste n’est pas sans rappeler les fondements berlioziens de la Symphonie fantastique, une œuvre qui a durablement marqué Liszt quelques années plus tôt.


Ouvrant le cycle des Années, la Chapelle de Guillaume Tell met directement en scène un héros mythique, le plus emblématique du pays où le compositeur a élu résidence. Après la présentation d’un thème noble, des trémolos et des appels inquiétants rendent l’atmosphère électrique ; le thème majestueux vient alors dompter les éléments, apparaissant en pleine gloire au cœur de l’œuvre. La deuxième pièce du recueil apporte un contraste radical : Au lac de Wallenstadt évoque brièvement les reflets lumineux d’une eau sans vague. Simple et répétitif, un thème aux allures de berceuse se distingue délicatement. Le pianiste l’orne bientôt de quelques variations mais aucun geste exubérant ne vient troubler l’eau qui dort.


En conclusion du cycle suisse, Liszt fait sonner Les Cloches de Genève, ville où la comtesse et lui se sont installés. Le compositeur répète un motif arpégé semblable à une volée lointaine, avant de l’intégrer subtilement à une ligne mélodique. Au sommet de la pièce, le piano héroïque semble dominer la ville helvète au-dessus d’un accompagnement foisonnant. Liszt prend le temps de quitter progressivement ces hauteurs virtuoses jusqu’à une conclusion tranquille, retrouvant un calme de bord de lac.



***


Franz Schubert

Quintette à cordes en do majeur opus 163, D.956

Allegro ma non troppo

Adagio

Scherzo. Presto. Trio. Andante sostenuto

Allegro – Più allegro


Œuvre à nulle autre pareille dans la production schubertienne comme dans la musique de chambre de l’époque, le Quintette à cordes en do majeur frappe par son ampleur dans sa forme et dans sa formation. L’ajout d’un deuxième violoncelle déplace le centre de gravité du quatuor traditionnel vers son registre grave et donne à la texture chambriste une densité quasi orchestrale ; quant à l’architecture de l’ouvrage, elle atteint une ampleur inédite, chaque mouvement faisant l’objet d’un travail de longue haleine, tant dans le dessin mélodique que dans l’opposition des motifs.


Les thèmes semblent parfois suivre le fil d’un phrasé éternellement continu. Plongé dans ses innombrables lieder en cette funeste année 1828, le compositeur a-t-il voulu profiter du souffle infini des archets pour écrire ce que la voix humaine ne pouvait réaliser sans respirer ? Difficile à dire, les circonstances de composition de l’ouvrage restant imprécises. Toujours est-il que les mélodies, bien qu’étirées, ne perdent aucunement leur expressivité : répondant aux inquiétants assauts qui ne tardent pas à se faire entendre dans le premier mouvement, le fameux duo des violoncelles offre un sommet de tendresse. Quant au choral distendu de l’Adagio, il est aussi miraculeux qu’inhabituel chez le maître des lieder. Torturé à l’extrême, le passage central du mouvement rappelle en revanche les chevauchées fantastiques d’autres œuvres schubertiennes.


Le troisième mouvement concentre les changements d’humeur typiques du compositeur : encadré par un scherzo triomphant, le trio dépouillé est entrecoupé de silences graves. Le finale s’ouvre sur un refrain enlevé et rustique. D’une grande richesse mélodique, le mouvement atteint une apothéose virtuose dans sa conclusion più presto, indispensable pour vaincre les tensions accumulé en chemin.

Programme

Béla Bartók (1881-1945) , Quatuor à cordes n°4 Sz.91

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Quatuor Hermès ensemble ,

Franz Schubert (1797-1828) , Quintette à cordes opus 163, D.956

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Yan Levionnois Violoncelle , Guillaume Vincent piano , Quatuor Hermès ensemble ,

Franz Liszt (-) , Années de pèlerinage : 1ère année, Suisse (1855)

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Guillaume Vincent piano ,
1.Chapelle de Guillaume Tell - Lento – Più lento – Allegro vivace
2.Au lac de Wallenstadt - Andante placido
3.Les Cloches de Genève - Quasi allegretto – Cantabile con moto – Animato – Più lento

C'est pour lire et jouer plus de musique encore que les musiciens du festival de Pâques décidèrent, en 2002, de créer l'Août musical de Deauville ; et surtout pour y rencontrer leurs cadets les plus prometteurs dans des concerts où alternent solos instrumentaux et œuvres de musique de chambre les plus diverses, de la période classique à la musique de notre temps.

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