Concert

18ème Août musical de Deauville

Du 27 juillet au 10 août 2019

C'est pour lire et jouer plus de musique encore que les musiciens du festival de Pâques décidèrent, en 2002, de créer l'Août musical de Deauville ; et surtout pour y rencontrer leurs cadets les plus prometteurs dans des concerts où alternent solos instrumentaux et œuvres de musique de chambre les plus diverses, de la période classique à la musique de notre temps.

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vendredi 02 août 2019

Nikolaï Medtner (1880-1951)

Sonata Romantica pour piano opus 53 n°1 en si bémol mineur

Romanza : Andantino con moto, ma sempre espressivo

Scherzo : Allegro

Meditazione : Andante con moto

Finale : Allegro non troppo


Coincé entre les désirs d’authenticité russe du Groupe des Cinq et les innovations de Stravinsky, Scriabine ou Prokofiev, resté dans l’ombre de Rachmaninov aux yeux de la postérité, le talent de Nikolaï Medtner n’est sans doute pas encore reconnu à sa juste valeur de nos jours. Auteur d’une quantité d’œuvres pour son instrument, ce pianiste virtuose né à Moscou bénéficiait d’une telle réputation au début du siècle dernier que Rachmaninov n’hésitait pas à le qualifier de « plus grand compositeur de notre temps ». Grand admirateur de Bach et Beethoven, Medtner fait preuve dans sa Sonata Romantica d’une remarquable maîtrise du contrepoint et d’un travail thématique élaboré, deux facettes héritées de ses prestigieux aînés.


Achevée en 1930 à Paris après une tournée de concerts en Amérique et en Angleterre, l’œuvre suit un plan en quatre mouvements dans la lignée des grandes sonates romantiques. La Romanza initiale repose sur un motif qui reprend l’exorde du Concerto pour piano n° 1 de Tchaïkovski ; l’écriture dépouillée et l’ajout d’un ornement léger donnent à ces premières notes un caractère nostalgique qui restera de mise dans la suite du mouvement, malgré le développement d’un jeu pianistique de plus en plus riche. Le scherzo succède à la romance sans la moindre respiration. L’écriture devient verticale, des syncopes lourdement appuyées venant zébrer les guirlandes virtuoses.


L’accalmie de la Meditazione survient soudainement. L’omniprésence de la sicilienne, cette figure rythmique dansante, confère à ce mouvement lent une allure d’hommage aux maîtres anciens du clavier, dans la lignée du Tombeau de Couperin ravélien. Un finale enlevé conclut l’ouvrage. Si Medtner prend soin de ménager le suspense en assouplissant son discours avant la dernière ligne droite, c’est pour mieux faire éclater une fin spectaculaire : fidèle à ses habitudes, il concentre l’essentiel des prouesses techniques dans une coda haute en couleurs.


Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)

Le Lac des cygnes opus 20 : Danse espagnole (Acte III)

Transcription pour piano à quatre mains de Claude Debussy (1862-1918)

  Allegro non troppo. Tempo di Bolero


Devant cet arrangement d’une danse espagnole composée par un Russe et arrangée par un Français, il y aurait de quoi perdre son latin ! Bien malin qui pourrait deviner la personnalité de Debussy derrière cette transcription qui ressemble presque à un devoir de vacances pour le jeune compositeur. Âgé de dix-huit ans, le Français est employé par Nadejda von Meck pour donner des leçons de piano à ses enfants, accompagner sa fille chanteuse ou devenir son partenaire dans des partitions à quatre mains. Mécène et grande admiratrice de Tchaïkovski, Nadejda von Meck passera également commande à Debussy d’une transcription de trois danses du Lac des cygnes, ce qui sera fait… mais en gardant soigneusement l’anonymat : le jeune arrangeur étant encore élève au Conservatoire, cette activité professionnelle aurait pu lui attirer des ennuis dans l’institution parisienne…



***


Franz Schubert (1797-1828)

Quatuor à cordes n°13 en la mineur Rosamunde D.804

Allegro ma non troppo

Andante

Menuetto : Allegro

Allegro moderato


« Je veux de cette façon me frayer la voie vers la symphonie », écrit Franz Schubert le 31 mars 1824. Après avoir consacré toute son énergie créatrice à achever le cycle de lieder La Belle Meunière, le compositeur se tourne vers le quatuor à cordes dans la perspective de se remettre progressivement à l’écriture orchestrale. Voilà qui explique l’allure variée du Quatuor n° 13 « Rosamunde ». Le lied est encore extrêmement présent dans cette œuvre, dès la mélodie d’ouverture de son premier mouvement : sous la ligne claire d’un premier violon très vocal, l’accompagnement rythmique inquiétant fait penser au terrible Nain (cf. concert du 9 août). Quant au motif principal du Menuetto, il provient directement du lied Les Dieux de la Grèce. Autre citation, si claire qu’elle finira par donner son titre au quatuor : le thème de l’Andante est tiré d’un entracte de Rosamunde, une musique de scène achevée l’année précédente.


Revenons à l’Allegro ma non troppo : si l’univers du lied est présent dès les premières notes de l’ouvrage, Schubert s’en écarte bien vite dans les passages de transition ou de confrontation des idées thématiques ; le quatuor s’agence alors en blocs solides, opposés les uns aux autres comme les pupitres d’un orchestre symphonique. Quant au Menuetto, il s’écoule selon une écriture très instrumentale et chambriste, faite de brefs motifs ciselés, répétés, distribués aux quatre coins du quatuor.


Entretemps, Schubert a donné à son thème de Rosamunde une allure de lied ; au-dessus d’un accompagnement souple et limpide, la mélodie rayonnante du deuxième mouvement est construite sur un rythme dactylique insistant (une note longue suivie de deux brèves – motif qu’on trouve également dans le mouvement lent du Quatuor n° 14 « La Jeune Fille et la Mort », entamé à la même période). Commençant dans la tonalité lumineuse de do majeur, l’Andante manque de basculer du côté obscur quand, après s’être trop écartée du ton principal, la partition se trouve striée d’éclairs sombres. Si le discours regagne finalement la clarté initiale, la mélodie, comme fragilisée par cet épisode violent, n’est plus exposée.


Le finale apaisera les dissensions rencontrées au fil des mouvements précédents : sa tonalité heureuse de la majeur, l’unité d’un groupe souvent traité d’un bloc, la légèreté insouciante du refrain sont autant d’éléments qui, malgré quelques ultimes sursauts dramatiques, contribuent à la conclusion heureuse de l’ouvrage.

Programme

Nikolaï Medtner (1879-1951) , Sonata Romantica pour piano opus 53 n°1

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Guillaume Vincent piano ,
1.Romanza - Andantino con moto, ma sempre espressivo
2.Scherzo - Allegro
3.Meditazione - Andante con moto
4.Finale - Allegro non troppo

Franz Schubert (1797-1828) , Quatuor à cordes n°13 Rosamunde D.804

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Quatuor Hermès ensemble ,

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) , 6 morceaux pour piano à quatre mains op.11

18ème Août musical de Deauville - Du 27 juillet au 10 août 2019 Guillaume Vincent piano , Philippe Hattat piano ,

C'est pour lire et jouer plus de musique encore que les musiciens du festival de Pâques décidèrent, en 2002, de créer l'Août musical de Deauville ; et surtout pour y rencontrer leurs cadets les plus prometteurs dans des concerts où alternent solos instrumentaux et œuvres de musique de chambre les plus diverses, de la période classique à la musique de notre temps.

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