Concert

23e Festival de Pâques de Deauville

du 20 avril au 4 mai 2019

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mercredi 01 mai 2019

Paul Hindemith

Kammermusik n° 4 pour violon et orchestre opus 36 n° 3


« Le concept de “concerto” n’est généralement pas bien compris. On travaille certes avec des solistes, mais ils ne concertent pas véritablement », regrette Paul Hindemith en 1925, avant d’ajouter : « Chez certains, “l’orchestre de chambre” n’est qu’un grand orchestre réduit qui se contente de produire avec des moyens restreints la sonorité d’une grande formation. » Ces réflexions incitent le compositeur à développer sa propre vision d’une pratique concertante et orchestrale « de chambre » : dans ses Kammermusiken opus 36, les instruments d’un petit orchestre ne cessent de converser, entre eux et avec un soliste, selon un contrepoint volubile.

Parmi ces oeuvres, la Kammermusik n° 4 pour violon et orchestre occupe une place à part dans le catalogue de Hindemith qui a pris « beaucoup de plaisir » à l’écrire. La singularité de ce concerto de chambre réside dans le bavardage presque ininterrompu du violon solo, confronté à une succession d’obstacles virtuoses dès qu’il prend la parole. Seul le premier mouvement, majestueux et menaçant, est réservé à l’orchestre. L’intrusion soudaine du violon marque l’entrée du deuxième mouvement ; l’accompagnement trépidant semble pousser le soliste à démontrer sa bravoure dans des traits martiaux et autres doubles cordes triomphantes. Le dialogue s’avère difficile : à peine la clarinette suggère-t-elle une idée mélodique que le violon se l’approprie. Le mouvement s’achève aussi brusquement qu’il a commencé, dans une saillie abrupte du soliste. Un nocturne sombre fait office de mouvement central. La clarinette s’y distingue à nouveau et, cette fois-ci, le violon l’écoute : il va jusqu’à commenter délicatement son chant dans la partie conclusive, la plus mélancolique de l’ouvrage. Le mouvement suivant est une invitation à la danse et le soliste s’y prête volontiers, se lançant dans une ronde endiablée ponctuée par les tambours. Dans un style qu’affectionnait tout particulièrement Hindemith, le finale est un mouvement perpétuel hautement spectaculaire, à jouer « aussi vite que possible ».


Francis Poulenc

Aubade pour piano et orchestre (1929)

 

« Au lever du jour, entourée de ses compagnes, Diane se révolte contre la loi divine qui la condamne à une éternelle pureté. Ses compagnes la consolent, et lui redonnent le sens de sa divinité en lui présentant son arc. Diane le saisit tristement, puis bondit dans la forêt, cherchant, dans la chasse, un dérivatif à ses tourments amoureux. » Ces mots de Francis Poulenc constituent l’argument d’Aubade, « concerto chorégraphique » pour danseuse, piano et dix-huit instruments écrit par le compositeur en 1929. L’effectif orchestral apparemment limité est en réalité d’une richesse rare pour la circonstance : l’oeuvre n’est pas destinée à une salle de concert mais à une exécution privée dans l’hôtel du vicomte de Noailles. Huit mouvements brefs se succèdent sans interruption : après une Toccata endiablée du piano, le Récitatif des compagnes de Diane voit l’orchestre tout entier déclamer non sans grandiloquence. Un Rondeau champêtre prend tranquillement le relais, comprenant en son centre un couplet festif. Le Presto sec poursuit dans cette veine virtuose : c’est l’épisode de la « Toilette de Diane ». Un nouveau Récitatif sert d’introduction à l’Andante, véritable joyau de l’oeuvre : la « Variation de Diane » est une page d’une tendresse rare, typique du compositeur français. Le « Désespoir de Diane » survient ensuite dans un Allegro féroce emporté, avant les « Adieux et départ de Diane » en guise de Conclusion sereine.


Darius Milhaud

La Création du monde, opus 81 a


Après une tournée américaine de concerts et de conférences qui occupe une bonne partie de son année 1922, Darius Milhaud revient marqué par sa découverte du jazz à Harlem : « la musique que j’y entendis fut une véritable révélation pour moi. Une négresse dont la voix granuleuse semblait sortir du fond des âges chantait devant chaque table. Avec une expression dramatique, désespérée, elle répétait inlassablement jusqu’à l’exhaustion le même refrain, soutenue par le jazz qui formait un fond de lignes mélodiques constamment renouvelées » (Notes sans musique, 1949). Milhaud s’inspire aussitôt de ce qu’il a entendu pour satisfaire une commande des Ballets suédois de Rolf de Maré. Ce sera la Création du monde, sur un livret de Blaise Cendrars qui vient justement de faire paraître une compilation de contes et légendes africains (Anthologie nègre, 1921). Après une ouverture construite sur une mélopée lancinante du saxophone, les animaux et les plantes font leur apparition. Syncopes accentuées, solo de contrebasse, glissandos de trombone, contretemps de caisse claire : les allusions au jazz sautent aux oreilles dans un effectif orchestral singulier, calqué sur une opérette du compositeur noir américain Maceo Pinkard. Puis l’homme et la femme, nés en même temps, se reconnaissent et dansent leur désir au son de la clarinette. La danse de l’accouplement voit ensuite se superposer dans une ronde prodigieuse les motifs employés précédemment. Le tourbillon jazzy se disperse progressivement et un trémolo de vents referme doucement l’oeuvre, illustrant la conclusion de Cendrars : « C’est le printemps... »

Programme

Claude Debussy (1862-1918) , Sonate pour violon et piano

23e Festival de Pâques de Deauville - du 20 avril au 4 mai 2019 Renaud Capuçon Violon , Bertrand Chamayou piano ,

Darius Milhaud (1892-1974) , La création du monde opus 81

23e Festival de Pâques de Deauville - du 20 avril au 4 mai 2019 Pierre Dumoussaud direction , Ensemble Ouranos ensemble , L' Atelier de musique ensemble ,
1.Ouverture
2.Le chaos avant la Création
3.La naissance de la flore et de la faune
4.La naissance de l’homme et de la femme
5.Le désir
6.Le printemps ou l’apaisement

Francis Poulenc (1899-1963) , Aubade pour piano et orchestre

23e Festival de Pâques de Deauville - du 20 avril au 4 mai 2019 Bertrand Chamayou piano , Pierre Dumoussaud direction , Ensemble Ouranos ensemble , L' Atelier de musique ensemble ,
1.Toccata
2.Récitatif - Les compagnons de Diane
3.Rondeau - Diane et ses compagnes
4.Presto - Toilettes de Diane
5.Récitatif - Introduction à la variation de Diane
6.Andante - Variation de Diane
7.Allegro féroce - Désespoir de Diane
8.Conclusion - Adieux et départ de Diane

César Franck (1822-1890) , Sonate pour violon et piano en la majeur FWV 8

23e Festival de Pâques de Deauville - du 20 avril au 4 mai 2019 Renaud Capuçon Violon , Bertrand Chamayou piano ,
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