Concert

Fondation Singer-Polignac 2016-2017

Concerts de la résidence

Depuis 2006, la Fondation Singer-Polignac réaffirme son engagement en faveur de la musique et propose à de jeunes interprètes issus des meilleurs conservatoires de musique européens de bénéficier d'une résidence musicale.


Les artistes résidents, solistes ou déjà constitués en ensembles, bénéficient des salles de répétition de l'hôtel Singer-Polignac et peuvent présenter un programme de leur choix dans le cadre des « concerts d'atelier ». Ils sont par ailleurs régulièrement sollicités pour participer aux « concerts de la saison musicale » de la Fondation.

Les artistes associés sont des interprètes de renom qui ont développé un lien étroit avec la fondation et souhaitent partager leur talent et leur expérience avec les artistes résidents en leur proposant de s'associer le temps d'un projet musical.


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jeudi 15 juin 2017

Le rideau de fer ne fut pas seulement une frontière imposée au cœur de l’Europe, dans la seconde moitié du XXe siècle. Il a faussé notre conception même de l'art de la culture.


Lorsque j'étais enfant, dans les années 1960/1970, il nous semblait ainsi que le monde se divisait en deux blocs : l'un tourné vers l'est et proche, culturellement, de la Russie ; l'autre tourné vers l'ouest et développant des liens plus étroits avec l'Amérique. On en oubliait presque que certaines nations renvoyées de l'autre côté du mur étaient en réalité étroitement liées, par leur histoire artistique, à l'Europe occidentale, tout particulièrement la Pologne, la Hongrie et plus encore la Tchécoslovaquie. Prague nous apparaissait tout proche de Moscou... alors que cette ville se situe géographiquement à l'ouest de Vienne !


On ne saurait nier, pour autant, tout ce qui rattache la Bohème à la culture slave, à commencer par sa langue. Mais il faut aussi se rappeler le rôle très actif joué par cette région au sein de l'empire austro-hongrois, du temps où Mozart connaissait ses plus heureux séjours musicaux à Prague – qui n'était rien d'autre qu'une des capitales du classicisme européen. De son côté Lorenzo Da Ponte affirmait : « Chaque peuple a son organisation particulière. Celle de la Bohème paraît être le génie musical passé au dernier degré de perfection. Il est le napolitain de l'Allemagne ». D'où l'importance de cette notion d'Europe centrale, bien plus juste que celle d'Europe de l'Est pour comprendre l'histoire musicale de ce pays.


La seconde moitié du XIXe siècle soulignera davantage encore cette centralité. Car elle sera marquée par l'apparition d'une grande génération de compositeurs tchèques – en premier lieu Dvorak et Smetana –  qui vont rejoindre le mouvement artistique européen, tel qu'il se développe à Vienne, en Allemagne, en Italie ou en France... Mais ces compositeurs chercheront également, dans une époque marquée par l'éveil des nationalités, à souligner les origines populaires et la couleur spécifoqie de leur musique. C'est ainsi que Dvorak est à la fois un compositeur post-romantique, et le porte-parole d'une spécificité bohémienne qui n'est pas sans cousinage avec les provinces lointaines d’Europe de l'est.



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Sa carrière a commencé très modestement, je le rappelle, puisqu'il est né dans une petite ville, qu'il est fils d'un boucher et commence par apprendre ce même métier dès l'âge de 11 ans. Ses talents musicaux évidents vont pourtant le conduire à Prague où il mènera d'abord une vie très modeste de musicien d'orchestre, commençant à composer. Il faudra de longues années avant que Brahms le remarque, puis le recommande à son éditeur Simrock, pour que Dvorak trouve enfin, dans les années 1880, la place qu’il mérite. Le milieu musical austro-allemand n'en continuera moins à le regarder longtemps avec une certaine condescendance, à l'exception d'un Hans Von Bulow, auquel on reproche de diriger sa musique, mais qui rétorque « Dvorak est pour moi, avec Brahms, le plus grand compositeur que nous ayons ». Enfin, dans la dernière partie de sa vie, avec la Symphonie du Nouveau Monde, Dvorak va s'imposer durablement au répertoire international.


Centre-européenne au plein sens du terme, la musique de Dvorak se caractérise, d'un côté, par la fidélité aux grandes formes du romantisme fixées par Beethoven, dans le domaine de la symphonie, de la musique de chambre, de l'opéra ; mais aussi par cette tournure très personnelle qu'on retrouve dans les couleurs de l’orchestration, dans l’invention rythmique et dans la tournure des mélodies, souvent empreintes d’une couleur populaire de sa Bohème natale.


Ce dernier aspect de son inspiration apparaît notamment dans les fameuses Danses slaves, mais aussi dans la suite pour piano à quatre mains composée en 1884 et intitulée De la forêt de Bohème, que nous allons entendre ce soir. Elle semble prolonger cette déclaration du compositeur : « Je suis un musicien tchèque tout simple, qui partout entend autour de lui de la musique : dans les forêts, dans les champs de blé, dans l'eau des torrents, dans les chansons populaires… La nature, le travail les récits sont la source de mon inspiration.  ».


Cette poésie ancrée dans la terre natale s'exprime tout naturellement dans ces six pièces brèves de conception très libre. Elle  emprunte davantage de détours dans la musique de chambre, très importante chez Dvorak avec quantité de trios, quatuors et quintettes. Composé en 1887, au retour d'un voyage triomphal en Angleterre, le Quintette en la majeur op.81 est l'une de ses œuvres les plus célèbres. Mais il semble par sa forme inscrit dans la lignée des compositions équivalentes de Schumann ou Brahms, et pourrait se suffire comme une grande composition post-romantique. Seule l'inspiration mélodique du mouvement lent, intitulé Dumka (en référence à ces chants mélancoliques qu'on retrouve dans toute la musique d’Europe centrale), ramène au premier plan cette inspiration bohémienne, qu'on retrouve également dans le mouvement final.


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Avec Leos Janacek, né en 1854, nous avançons d'une génération, mais nous changeons complètement de monde musical. Ce compositeur, je le rappelle, a passé l’essentiel de sa vie à Brno, non loin de Vienne, mais dans un certain éloignement provincial, et en butte à une l’indifférence de ses compatriotes. Pis encore, on a voulu parfois souligner le côté national et slave de sa musique ; mais en réalité les nombreuses pièces d'inspiration populaires de son catalogue n'ont rien de très personnel ; et c'est seulement dans les vingt dernières années de sa vie, après 1900, que Janacek va soudain affirmer un style d'une totale originalité, et rejoindre le mouvement de la musique moderne européenne.


Son parcours  est ainsi résumé par son fervent admirateur Milan Kundera dans Les Testaments trahis : « Ce grand personnage de la musique moderne a quatre ans de plus que Puccini, six ans de plus que Mahler, dix de plus que Richard Strauss. Pendant longtemps il écrit des compositions qui, en raison de son allergie aux excès du romantisme, ne se distinguent que par leur traditionalisme accusé… Conservateur solitaire dans sa jeunesse, il devient novateur quand il est vieux.».


Le Concertino pour piano, deux violons, alto, clarinette, cor et basson, créé à Brno le 16 février 1925, est l'une des œuvres qui témoignent le plus magistralement de cette originalité tardive. Il n'a rien, en vérité, d'une œuvre concertante traditionnelle : ni par sa formation pour piano, deux violons, alto, clarinette cor et basson ; ni par son écriture pianistique qui ne se rattache guère aux habitudes soliste virtuose. L'ensemble s'apparente plutôt à une mosaïque de motifs ainsi définie encore par Kundera  : « la structure musicale jancékienne repose sur l’alternance inhabituellement fréquente de fragments émotionnels différents, voire contradictoires, dans le même morceau, dans le même mouvement ».


Le père de l'écrivain, Ludwig Kundera, lui même élève de Janacek a d'ailleurs décrit l'étrange méthode de son maître lorsqu'il composait : « On entendait toute la matinée la maisonnette du jardin résonner des accents de son piano. Janacek martelait en faisant ressortir de son instrument, aussi fort que possible, en utilisant la pédale, un seul motif d'un petit nombre de notes qui revenaient sans cesse… Et il le répétait plusieurs fois de suite, parfois avec un petit changement. On pouvait éprouver, à la verve qu'il mettait à son jeu, combien il était soulevé et emporté par le contenu émotionnel du motif. A ce stade initial, il ne composait pas, mais voulait seulement se plonger dans une atmosphère donnée, pour jeter ensuite immédiatement sur le papier, dans une hâte fiévreuse, sans l'aide de l'instrument, une musique bâtie dans sa plus grande partie sur ce motif. »


Il faut également aussi insister sur le côté ludique de ce musicien qui semble avoir trouvé, dans son grand âge, un maximum de fantaisie. Ainsi indique-t-il dans une lettre avoir voulu composer un concerto pour piano où il y aurait « un grillon, des moucherons, une chevrette, un ruisseau, et un homme ». Les mouvements du Concertino devaient d'ailleurs initialement porter des noms d'animaux, auxquels renvoient également certaines parties instrumentales comme celui celle cor dans le premier mouvement figurant un hérisson, ou cette clarinette évoquant un écureuil dans le second mouvement... On songe à son opéra La Petite Renarde rusée, mais on est surtout subjugué par cette invention musicale si personnelle qui a fait de Janacek un classique du XXe siècle.


Sa place tardivement conquise, il la doit pour une part à Max Brod, cet écrivain passionné de musique qui fut également le découvreur de Kafka. Celui allait en effet consacrer un livre à Janacek et promouvoir ses œuvres à l'étranger. Le compositeur devait ainsi connaître ses premiers succès, notamment en Allemagne et en Angleterre, à rebours de l'indifférence de son pays natal. Et il est probable que cette consécration tardive allait encourager Janacek, dans les dernières années de sa vie, à suivre pleinement, et davantage encore, la voie qui était la sienne.


                                                             Benoît Duteurtre

Programme

Antonín Dvořák (1841-1904) , Quintette pour piano et cordes en la majeur

Fondation Singer-Polignac 2016-2017 - Concerts de la résidence Elise Liu Violon , David Petrlik Violon , Marie Chilemme Alto , Volodia van Keulen Violoncelle , Bertrand Chamayou piano ,

Antonín Dvořák (1841-1904) , De la forêt de Bohème pour piano à quatre mains opus 68

Fondation Singer-Polignac 2016-2017 - Concerts de la résidence Théo Fouchenneret piano , Bertrand Chamayou piano ,

Leoš Janáček (1854-1928) , Concertino pour piano, deux violons, alto, clarinette, cor et basson

Fondation Singer-Polignac 2016-2017 - Concerts de la résidence Elise Liu Violon , Omer Bouchez Violon , Lou Chang Alto , Amaury Viduvier clarinette , Nicolas Ramez cor , Lomic Lamouroux basson , Bertrand Chamayou piano ,

Depuis 2006, la Fondation Singer-Polignac réaffirme son engagement en faveur de la musique et propose à de jeunes interprètes issus des meilleurs conservatoires de musique européens de bénéficier d'une résidence musicale.


Les artistes résidents, solistes ou déjà constitués en ensembles, bénéficient des salles de répétition de l'hôtel Singer-Polignac et peuvent présenter un programme de leur choix dans le cadre des « concerts d'atelier ». Ils sont par ailleurs régulièrement sollicités pour participer aux « concerts de la saison musicale » de la Fondation.

Les artistes associés sont des interprètes de renom qui ont développé un lien étroit avec la fondation et souhaitent partager leur talent et leur expérience avec les artistes résidents en leur proposant de s'associer le temps d'un projet musical.


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